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Mardi 24 Juin 2008

PIERROT LABAT. Il a vu s'épanouir Dugarry, Lizarazu et Zidane aux Girondins

« Jacquet a compris »

Lizarazu, Dugarry et Zidane ont beau avoir intégré les meilleurs clubs eurospéens après l'embellie des Girondins en Coupe UEFA, au printemps de 1997, ils seront toujours bordelais. Du moins dans le coeur de Pierre Labat , l'adjoint d'Elie Baup, qui a vu grandir les deux premiers sous son giron : le Lormontais Duga dès les minimes et le Basque Bixente au centre de formation.

Pierrot , la petite soixantaine tonique, le verbe haut du bon Landais de Brocas-les-Forges, a été de tous les régimes marine et blanc depuis 1981. Son credo : « La méthode yougoslave d'entraînement d'Ante Mladinic, mon maître, celui qui m'a appris à apprendre. Ce travail sur les gammes du football que nous fûmes les premiers à appliquer à Bordeaux, dès 1996, avant qu'il se généralise un peu partout. Les petits pas et la feinte de frappe de Liza viennent de là. »

Zidane, il l'a vraiment connu plus tard, en 1994, quand Courbis l'amenait de Cannes pour trois saisons. « Parce que, pour savoir qui c'était, aucun problème : Dugarry, son copain de sélection, lui vouait une admiration sans bornes. Il m'en parlait tout le temps. Moi j'ai essayé de positiver par rapport à ça, de dire à Christophe qu'il avait d'autres qualités que lui. Et je le pense. »

Quand on croise l'artiste Zidane, même une fois dans sa vie, on ne l'oublie pas. « Il a des gestes à lui, incroyables. Il chaloupe avec le ballon, le caresse. Sur ses doubles contacts, son corps fait le même mouvement que la balle. Je me régale d'apprendre sa technique aux jeunes. C'est peut-être le seul des trois qui peut briller seul, tellement il sent les coups. A condition de ne pas trop en faire. Mais, justement, je crois qu'il a appris à ne pas aller trop loin depuis qu'il est à la Juventus. »

La vivacité et l'effet de surprise sont les deux grosses qualités que Pierre reconnaît avant tout à Bixente Lizarazu. « Ce n'est pas un latéral comme les autres, il a inventé un style. Ce ne fut pourtant pas d'emblée. Je l'avais présenté à Max Bourrier, qui s'occupait des juniors français. Il ne l'avait pas pris. Ce qui ne l'a pas empêché ensuite de lui confier le capitanat des espoirs... » Pierrot savoure encore sa revanche.

Christophe Dugarry a tout de suite tapé dans l'oeil de l'éducateur landais, ne serait-ce que pour sa détente. « Lui aussi, Jeff Jodard ne le faisait pas trop jouer en sélection. Ce qui ne l'empêchait pas de me dire qu'il faisait partie des plus doués de sa génération. Il l'a prouvé. Il peut tout faire : marquer, mais aussi trouver l'ouverture pour la passe décisive dans un espace très réduit. Comme Liza, c'est plus un duettiste qu'un soliste. »

Le fax des bordelais

Pierre insiste sur la complicité qui naît de la complémentarité entre « le faux calme, le Monsieur 100 000 Volts, et le nonchalant apparent ». Ils ont des qualités sportives au-dessus de la moyenne, qui expliquent leur sélection dans le groupe des vingt-deux, mais aussi de belles vertus morales. « Ils respectent tout le monde, à commencer par leurs parents. Ce sont des hommes sensibles, attentifs, pas des individualistes. Les gens qui les côtoient le sentent bien. Tenez, par exemple, avant chaque match de ce Mondial, le personnel des Girondins leur envoie un fax d'encouragement. C'est quand même assez exceptionnel. »

Le Landais va plus loin : Aimé Jacquet aurait compris que les destins liés des trois Bordelais rejaillissent sur le groupe France, que cette osmose sert de moteur « et a même rendu Djorkaeff plus collectif ». Indices : « Jacquet n'a pas renvoyé Dugarry à la maison après sa blessure contre l'Arabie saoudite. Il aurait "tué" Zidane... Je suis sûr que Christophe rentrera en finale si la France passe. Et si on reproche à Bixente d'avoir été parfois moins offensif, c'est parce qu'il ne trouvait pas les deux autres ! » C'est net mais réfléchi.

Hier soir, Pierrot a suivi le match au centre de thalassothérapie Hélianthal de Saint-Jean-de-Luz, oú les Girondins se préparent. En étant persuadé que, si Dugarry se sent bien dans sa tête, c'est un peu grâce aux bouquins de préparation psychologique qu'il lui a envoyés. Il espère que Bixente a aussi pensé au coup de fil quotidien qu'il lui passe. Gourou, Pierre Labat  ? « Non, passionné. La vie m'a démontré que j'étais un brillant second, mais pas un bon leader. J'aime les joueurs, je leur dois tout. »

Tags : Girondins-Staff
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